12 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Transition, capitalisme, productivité

Jean Gadrey vient de publier sur son blog un excellent et très pédagogique papier en trois volets sur l’urgence pour la survie de l’humanité de sortir du modèle productiviste et de l’obsession de la croissance.

J’ai toutefois des réserves sur deux points de ce papier.

Jean Gadrey écrit que l’obstacle majeur à l’émergence d’un nouveau paradigme est la domination idéologique et politique d’une oligarchie qui, à travers ses serviteurs zélés – les « dealers de croissance » -, fabrique l’avidité matérielle permanente. Je trouve cette explication un peu courte. La publicité et le crédit sont ils vraiment ce qui fait obstacle à la transition vers une économie viable ? N’est-ce pas plutôt le régime économique dominant, le capitalisme, pour l’appeler par son nom, dont l’essence même réside dans l’accumulation du capital et qui donc ne saurait exister sans croissance ? Peut-on vraiment croire à l’émergence d’un autre modèle économique si n’est pas mise en cause la propriété privée des moyens de production, qui est le fondement de ce régime ?

J’ai par ailleurs quelques interrogations sur l’affirmation de J.Gadrey que l’utilisation grandissante des énergies fossiles a été le principal facteur explicatif des fantastiques gains de productivité industriels et agricoles enregistrés pendant les « Trente Glorieuses ». Selon G.Cette, Y.Kocoglu et Y.Mairesse[1][1], les gains de productivité horaire du travail en France entre 1950 et 1973, soit 5,3% par an, s’expliqueraient à hauteur de 75% (4,0% par an) par les progrès de la productivité globale des facteurs, c’est-à-dire, pour dire vite, par le progrès technique et la migration de l’emploi de secteurs à faible productivité vers des secteurs à productivité plus élevée. Or J.Gadrey dérive de son affirmation une condamnation des gains de productivité, qui me semble contradictoire avec l’affirmation, plus loin dans le texte, que s’engager dans une transition écologique et sociale ambitieuse ne va pas exiger moins d’innovations qu’aujourd’hui, mais plus, et surtout pas les mêmes. Ne faut-il pas souhaiter que le développement des activités de soin et la production de biens de meilleure qualité s’accompagne de gains de productivité qui, en abaissant le coût de ces services et de ces biens, les mettent à la portée de tous ?

Par delà ces réserves, je partage entièrement l’opinion de J.Gadrey que la multiplication des initiatives de terrain, si nécessaire soit-elle, ne permettra pas seule la transition vers un autre modèle économique et je me désole de ce que nos hommes (et femmes) politiques, de gauche comme de droite, s’avèrent incapables de penser cette transition nécessaire et attendent d’un retour très improbable de la croissance la solution à tous les maux qui nous accablent.


[1][1]      Bulletin de la Banque de France, n°139, juillet 2005

Tags:

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

Regieprofits25 |
Lesmordusdumotchien - leblog |
Vous cliquez et vous encaissez |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Researchfinancialcontroller
| Audit, Management Control, ...
| EconomYcS