10 janvier 2015 ~ 0 Commentaire

Et si la Grèce montrait la voie …

Les Grecs sont appelés aux urnes le 25 janvier prochain pour élire un nouveau parlement. Les sondages indiquent qu’ils pourraient placer en tête Syriza, le parti de la gauche réputée radicale, qui prône la renégociation de la dette publique et l’abandon de la politique d’austérité qu’impose la Troïka (Commission Européenne -Banque Centrale Européenne-FMI).

On peut comprendre les électeurs grecs. Les remèdes prescrits par les savants docteurs de la Troïka et docilement administrés par le gouvernement d’Antonis Samaras ont eu sur leurs conditions d’existence des effets dramatiques : le chômage frappe plus du quart de la population active et la moitié des moins de 25 ans ;  le salaire minimum a été amputé de 20% et le salaire moyen dans le secteur privé de plus de 30%; un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, chiffre le plus élevé parmi les 28 pays de l’Union européenne ; les services publics sont à l’abandon.

Déni de démocratie  

Qu’à cela ne tienne. Les dirigeants de l’Europe austéritaire désapprouvent le choix du peuple grec et ne se privent pas de le dire.

Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne, déclare « qu’il n’aimerait pas que des forces extrêmes arrivent au pouvoir en Grèce ». Pierre Moscovici, Commissaire européen à l’Economie et aux Finances, affirme que « un soutien fort des électeurs grecs et des dirigeants politiques grecs au processus de réformes est  essentiel pour que la Grèce prospère à nouveau au sein de la zone euro ». Angela Merkel, chancelière d’Allemagne, menace d’exclure la Grèce de la zone euro tandis que son ministre des Finances, Wolfang Schäuble, martèle qu’il n’y a « aucune alternative » aux réformes conduites en Grèce.

Les électeurs grecs auront été prévenus : il leur est conseillé de reconduire les gouvernants qui les ont menés au désastre à défaut de quoi ils s’exposeraient à de graves sanctions. Déjà le FMI a tiré une première salve en suspendant jusqu’à la formation du nouveau gouvernement  le versement d’une tranche de crédit due à la Grèce.

Impasse économique

Ce mépris de la démocratie est scandaleux. Ce qui l’est également, c’est l’obstination des dirigeants européens à imposer une politique économique qui mène au désastre. Le programme infligé à la Grèce devait redresser la compétitivité de l’économie et dégonfler la dette. Il a produit tout le contraire : le PIB de la Grèce est aujourd’hui inférieur de plus de 25% à ce qu’il était en 2008 et la dette publique est passée entre temps de 109% à 175% du PIB. Au-delà de la Grèce, c’est l‘Europe toute entière qui est engluée dans la crise.

L’échec est à ce point flagrant que les milieux d’affaires eux-mêmes commencent à en prendre conscience. Le Financial Times, le très respecté journal des milieux d’affaires européens, publiait ainsi le 21 novembre dernier, sous la plume de Wolfgang Münchau, un de ses éditorialistes les plus réputés, un bien intéressant article : il relevait l’incapacité des politiques préconisées par la Commission européenne à sortir la zone Euro de la crise et affirmait que la seule issue réelle passe par une renégociation des dettes souveraines. Titre de l’article : « S’agissant de la dette en Europe, c’est la gauche radicale qui a raison » !

Au demeurant, la réduction des dettes souveraines n’est pas sans précédents.

A la fin des années 1990, après 20 années d’ajustement structurel qui ont infligé aux populations des pays en développement d’indicibles souffrances, le FMI et la Banque Mondiale ont dû reconnaître l’échec des mesures qu’ils avaient imposées et procéder à l’annulation d’une large partie des dettes souveraines des pays endettés.

Beaucoup plus tôt, en 1953, l’Allemagne (tiens, l’Allemagne !) avait bénéficié, pour permettre son redressement économique, d’une réduction de 60% de sa dette vis-à-vis des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la France.

L’austérité n’est pas un principe de droit divin, c’est un choix politique que les peuples peuvent rejeter démocratiquement. Par son vote le 25 janvier prochain, le peuple grec pourrait monter la voie à toute l’Europe.

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